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Xiaolong Qiu- Chine, retiens ton souffle

Xiaolong Qiu- Chine, retiens ton souffle

Rares sont les livres écrits par des auteurs du pays du milieu figurant dans ce blog. Dernièrement je vous avais proposé la référence de la science-fiction chinoise avec Le problème à trois corps de Cixin Liu.

Or il se trouve que la médiathèque de mon travail organise une sorte de prix littéraire pour les romans policiers. Chine, retiens ton souffle de Xiaolong Qiu fait partie des sélectionnés au côté de Soeurs de Bernard Minier, Le douzième chapitre  de Jérôme Loubry, et d’autres que je vous présenterai dans les semaines à venir.

A la lecture de ce livre, allons-nous retenir notre souffler ou bien l’aurons-nous coupé ?

Histoire

Officiellement, l’inspecteur Chen est toujours à la tête de la brigade des affaires spéciales ; en réalité, il a été mis au placard. Le secrétaire Li fait pourtant appel à lui, ainsi qu’à son fidèle coéquipier Yu, car un tueur en série sévit à Shanghai. En quatre semaines, quatre victimes ont été frappées à la tête en pleine rue, à l’aube, par un mystérieux assassin. D’abord Peng, une aide de nuit à l’hôpital et après elle, un présentateur météo, une agente immobilière et une journaliste. A côté de chaque corps, un masque antipollution jaune… Faut-il voir dans ce détail un message contre la pollution atmosphérique endémique qui inquiète les citoyens ? Parallèlement, un groupe de militants écologistes, auquel appartient une amie de Chen, la journaliste Shanshan (cf Les courants fourbes du lac Tai), cherche à éveiller les consciences et à secouer le Parti : car si les plus riches s’équipent de purificateurs d’air ou fuient le pays, parmi le commun des mortels, cancers et maladies respiratoires se multiplient. Chen est convoqué par le camarade Zhao, ancien secrétaire du Parti à la commission de contrôle de la discipline, pour enquêter sur les activités du groupe.

Extrait

C’est en traînant des pieds que l’inspecteur Yu Guangming se rendit dans la salle de réunion de la police de Shanghai, tôt le lundi matin. Temporairement responsable de la brigade des affaires spéciales, il n’était pas pressé d’assister à leur première réunion avec la brigade criminelle. Son humeur était aussi mauvaise que la qualité de l’air. Il était contrarié qu’une affaire de meurtres, confiée aux affaires spéciales trois semaines plus tôt, ait été transférée à la brigade criminelle dirigée par l’inspecteur Qin Xiejun. La suite des événements n’avait fait que décupler son énervement. Loin de se montrer à la hauteur de la tâche, Qin et ses hommes avaient perdu un temps précieux sans avancer d’un iota, si bien que deux nouvelles victimes, assassinées dans des circonstances similaires, étaient venues s’ajouter à la liste. La police avait clairement affaire à un tueur en série. Face à un tel fiasco, le secrétaire du Parti Li Guohua, numéro un de la police de Shanghai, avait demandé à l’inspecteur Yu et à son coéquipier de longue date, l’inspecteur principal Chen Cao, de bien vouloir prêter main-forte à leurs collègues. Ils étaient censés agir en tant que conseillers tandis que l’affaire restait sous la responsabilité de Qin, ce qui signifiait qu’une fois l’enquête résolue lui seul récolterait tous les lauriers. Ce détail n’était cependant pas ce qui préoccupait le plus Yu. Il était inquiet pour Chen. Ces manigances ne présageaient rien de bon. Après avoir été considéré par tous comme un cadre en pleine ascension, Chen était tombé en disgrâce. Ironiquement, sa chute était liée à son efficacité dans plusieurs enquêtes ayant révélé la corruption de hauts dirigeants du Parti. Ses conclusions n’avaient pas plu aux autorités et son nom avait été inscrit sur une « liste noire » qui le cataloguait comme un homme têtu, prêt à mener ses enquêtes jusqu’au bout – à sa façon – au nom de la loi et de la justice plutôt qu’au nom des intérêts du Parti. Aussitôt, Chen avait été mis au placard, tout en conservant son titre d’inspecteur principal. Dans la ville, il avait jusque-là la réputation d’être un flic compétent et honnête. Un licenciement trop rapide aurait été mal vu par les citoyens et donc dommageable à l’image du Parti ; il était préférable de commencer par le tenir à l’écart des affaires politiquement sensibles. Ainsi, les personnes extérieures à la police ne se douteraient de rien. Le secrétaire du Parti Li était un chef très judicieux. Yu devinait les motifs de l’arrangement imaginé par Li. Face à cette nouvelle affaire de meurtres en série, Chen était sans conteste le policier le plus expérimenté. Il avait d’ailleurs résolu des cas similaires par le passé. Mais, comme cette histoire risquait d’avoir des répercussions politiques, Li ne pouvait considérer Chen comme un candidat fiable. En attendant, l’incompétence de la brigade criminelle, l’augmentation du nombre de victimes et le déferlement d’hypothèses alarmistes sur Internet augmentaient la pression qui pesait sur les épaules du chef de la police. Il n’avait donc pas eu d’autre choix que de faire appel à l’inspecteur légendaire. Chen était sans doute au courant des manœuvres politiciennes du bureau, mais ce matin-là, dans la salle de réunion, il avait l’air détendu. Dos à la fenêtre, nimbé de rayons de lumière sporadiques qui filtraient à travers les stores, il sirotait tranquillement son thé. Il avait demandé par texto à l’inspecteur Yu de participer à la discussion et regardait Qin qui attendait devant un tas de dossiers étalés sur une longue table de pouvoir démarrer son exposé.
Qin hocha la tête et fronça les sourcils en voyant entrer Yu, mais il s’abstint de tout commentaire. Deux ou trois minutes plus tard, Li entra à son tour. Il adressa un signe de tête à l’inspecteur principal, alla s’asseoir à côté de lui et se tourna vers Qin :
« Je vous en prie, inspecteur Qin, exposez brièvement les faits pour l’inspecteur principal et pour nous tous ici présents. »
Malgré lui, Qin se mit à tousser, autant pour s’éclaircir la gorge que pour ravaler son orgueil.

Avis

Il y a des livres que l’on a du mal à classer et à dire s’ils sont bons ou mauvais. Chine, retiens ton souffle de Xiaolong Qiu fait partie de ces livres.

Tout d’abord, il est clairement un livre policier, un whodunit traditionnel, du genre old school, dans la lignée des reines du crime anglaises telle Agatha Christie. Aussi, il ne faut pas s’attendre à un roman palpitant, plein de rebondissements et de suspense. Bien au contraire, comme le peuple de l’empire du milieu, tout est en retenue, en douceur et philosophie. L’inspecteur Chen est le digne héritier d’Hercule Poireau en faisant travailler ses petites cellules grises pour résoudre les énigmes.

Mais c’est surtout le fait que l’enquête passe pratiquement au second plan tant le mode de vie des chinois, leurs us et coutumes, leur vie, leur société, la politique, son économie, la pollution et la corruption sont présentés ou dénoncés. C’est un véritable récit de voyage à Shanghai que nous découvrons au fil des pages. Je n’ai pas été vérifié si tous les lieux, magasins ou échoppes mentionnés dans le livre existent vraiment, mais on pourrait presque se servir de ce livre comme guide touristique.

Si la composition des personnages apparaît un peu simpliste, les annotations et références faites par des personnages secondaires à de précédentes affaires font penser qu’elle se dévoile et s’étoffe au fur et à mesure des enquêtes et des livres

Si c’est dépaysant et séduisant dans la présentation de ce peuple lointain, cela entretien la confusion des genres et décevra les amateurs de romans policiers aux intrigues alambiqués et enquêtes rondement menées.

Notation

Histoire
Ecriture
Durée de lecture
Prix

Caractéristiques

  • Livre
    • Broché: 246 pages
    • Editeur : Liana Levi (18 octobre 2018)
    • Langue : Français
    • ISBN-13: 979-1034900664
    • Prix : 19,00€
  • eBook
    • Editeur : Liana Levi (18 octobre 2018)
    • Langue : Français
    • EAN: 9791034900671
    • Prix : 14,99€

Revue de presse

La Croix (article réservé aux abonnés)

« Dans « Chine, retiens ton souffle », la onzième enquête de l’inspecteur Chen, il n’y a pas que la qualité de l’air des grandes villes qui est corrompue…« , Julie Malaure, Le Point

« …ne pas lire une enquête de l’inspecteur Chen quand on a faim. C’est plein de bouillons odorants, de gâteaux de sésame, de plats surprenants.« , France Inter

« C’est la 11ème enquête de l’inspecteur Chen, fin limier, fin gourmet et poète à ses heures. Elle est comme les précédentes : rusée, bien menée et très dépaysante. « , Bernard Poirette, Europe 1

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Publié par le 2019/01/21 dans Policier

 

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