Jo Nesbo – Macbeth

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Pour les habitués de ce blog, vous savez que Jo Nesbo est un de mes auteurs favoris, et plus particulièrement avec la série des Harry Hole.

Il revient avec un roman un peu à part, puisque son héro favori n’est pas de la partie, est qu’il s’inscrit dans une démarche originale : transposer dans un roman noir un classique de la littérature, en l’occurrence Macbeth.

Vais-je enfin trouver un certain plaisir à livre un classique, qui plus est de la littérature étrangère ?

Résumé du livre

Dans une ville industrielle ravagée par la pauvreté et le crime, le nouveau préfet de police Duncan incarne l’espoir du changement. Aidé de Macbeth, le commandant de la Garde, l’unité d’intervention d’élite, il compte débarrasser la ville de ses fléaux, au premier rang desquels figure Hécate, puissant baron de la drogue. Mais c’est ne faire aucun cas des vieilles rancoeurs ou des jalousies personnelles, et des ambitions individuelles. . . qu’attise Lady, patronne du casino Inverness et ambitieuse maîtresse de Macbeth. Pourquoi ce dernier se contenterait-il de miettes quand il pourrait prendre la place de Duncan ? Elle invite alors le préfet et d’éminents politiques à une soirée organisée dans son casino. Une soirée où il faudra tout miser sur le rouge ou le noir. La loyauté ou le pouvoir. La nuit ou le sang.

Extrait

Tombée du ciel, la goutte de pluie brillante traversait les ténèbres vers les lumières chevrotantes de la ville portuaire. Les rafales froides du nord-est la chassèrent vers les lignes de partage de cette ville – dans le sens de la longueur, le fleuve asséché, et, en largeur, le chemin de fer désaffecté. Les quatre quadrants numérotés dans le sens des aiguilles d’une montre ne portaient par ailleurs pas de nom. Pas de nom dont leurs habitants se souviennent en tout cas. Et quand vous rencontriez ces mêmes habitants loin de chez eux et que vous leur demandiez d’où ils venaient, il leur arrivait de prétendre ne pas se souvenir non plus du nom de la ville.

La goutte de pluie brillante se ternit et devint de plus en plus grise alors qu’elle perforait la suie et le poison qui reposaient au-dessus des rues comme un couvercle permanent. Malgré la fermeture des usines les unes après les autres au cours des dernières années. Malgré les poêles que les chômeurs n’avaient plus les moyens de chauffer. Malgré ce vent terrible et capricieux et cette pluie incessante dont certains affirmaient qu’elle s’était mise à tomber un quart de siècle auparavant, quand deux bombes atomiques avaient mis un terme à la dernière guerre mondiale. Autrement dit, à l’époque où Kenneth avait été nommé préfet de police. Vingt-cinq années durant, depuis son bureau du dernier étage du Quartier général, le préfet Kenneth avait exercé d’une main de fer sa tyrannie sur la ville. Qui que soit l’occupant du fauteuil de maire. Quoi que les grands seigneurs de Capitol, la capitale, disent et ne fassent pas pour cette deuxième ville du pays, qui avait naguère été sa principale cité industrielle et qui s’enfonçait désormais dans les sables mouvants de la corruption, des faillites, de la criminalité et du chaos. Et puis, il y avait six mois de cela, le préfet Kenneth était tombé de sa chaise dans sa maison de vacances, et trois semaines plus tard, il était mort. Après des funérailles dignes d’un dictateur, le conseil de la ville et le maire Tourtell étaient allés chercher Duncan, un fils d’évêque au front large, directeur de la brigade dédiée au crime organisé à Capitol, pour faire de lui le nouveau préfet de police. Et ainsi s’étaient allumés les feux de l’espoir au sein d’une population surprise.

Surprenant, ce choix l’était, car Duncan n’était pas un policier pragmatique de la vieille école, il faisait partie de cette nouvelle génération de dirigeants diplômés, partisans des réformes, de l’ouverture, de la modernisation et de la lutte contre la corruption, ce que la plupart des élus de la ville n’étaient pas.

L’espoir des habitants d’avoir enfin obtenu un préfet de police droit, franc et visionnaire, capable de tirer la ville des bourbiers où elle s’enlisait, s’était ravivé quand Duncan avait troqué les anciens directeurs de brigade contre ses propres hommes et femmes, triés sur le volet. De jeunes idéalistes immaculés, qui voulaient véritablement que la ville devienne un meilleur endroit où vivre.

Avis

Si transposer  un classique de la littérature, en l’occurrence Macbeth, dans l’univers du roman noir est à la fois une idée originale et une intention louable, cela ne contraint l’auteur à s’écarter de ses habitudes. Ici, on a à faire à une histoire beaucoup moins dynamique, à moins de réalisme, auxquels j’étais habitué dans la série des Harry Hole. Le style est moins fluide, plus emprunté au point, l’auteur cherchant même à reprendre certaines formulations ou des dialogues de l’œuvre originale.

L’histoire revient toujours à une lutte de pouvoir avec une adaptation moderne de certains caractères (le sorcier devenant le principal fabricant et dealer de drogue), mais les rebondissements, les retournements de situation, en total décalage avec la réalité de notre temps, feraient passer Jo Nesbo comme un mauvais auteur de romans noirs recourant aux clichés et effets sensationnels, alors qu’il ne nous a pas habitué à cela.

Si l’histoire n’est pas à la juste valeur de l’écrivain, les qualités rédactionnels de celui-ci se révèlent tout de même dans la mise en place de l’atmosphère, la création des personnages ou la localisation de l’histoire dans une cité relativement anonyme pour que chacun puisse identifier à la sienne.

Ce livre est donc à réserver aux amateurs d’œuvres classiques curieux de voir ce travail de transposition ainsi qu’aux aficionados de Jo Nesbo pour dire qu’ils ont lu l’intégralité de l’œuvre de cet auteur. Mas pour ceux qui désireraient découvrir ce maître du roman policier, lancez vous dans la série des Harry Hole.

Notation

Histoire
Ecriture
Durée de lecture
Prix

Caractéristiques :

  • Livre
    • Broché: 624 pages
    • Editeur : Gallimard (13 septembre 2018)
    • Collection : Série noire
    • Langue : Français
    • ISBN-10: 2072786053
    • ISBN-13: 978-2072786051
    • Prix : 21,00€
  • eBook
    • Taille du fichier : 1762 ko
    • Editeur : Editions Gallimard (13 septembre 2018)
    • Collection : Série noire
    • Langue : Français
    • EAN : 978-2072786075
    • Prix : 14,99€
  • Livre audio
    • Durée : 18h10
    • Editeur : Gallimard (8 juillet 2019)
    • Langue : Français, Français
    • ASIN: B07TZ5GHPX
    • Prix : 21,99€

Revue de presse

« Sombre, universel, passionnant dans son interrogation sur la frontière entre le bien et le mal, ce « Macbeth » version 2018 témoigne une fois de plus de la virtuosité de Nesbo » – Le Parisien, Catherine Balle

« L’écrivain norvégien propose une version très personnelle, mais tout aussi funeste, du « Macbeth » du classique dramaturge anglais. « , Le Monde, Abel Mestre

« Le pavé de plus de 600 pages séduira les exégètes du dramaturge britannique comme les simples amateurs de polars, qui apprécient que l’efficacité de l’action ne soit pas sacrifiée à la beauté des mots.  » – Les Echos, Isabelle Lesniak

Site Internet de l’auteur

http://www.jonesbo.com/

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