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Mallock : Le principe de parcimonie

06 Mai
Mallock : Le principe de parcimonie

Une semaine de vacances, de lecture et me voilà en retard de 4 critiques de livres dont Le principe de parcimonie de Mallock.

Une fois encore, je découvre un auteur au travers du x-ième livre d’une série, mais bon je me laisse tenter, je prends le risque en me disant que je vais éviter les erreurs de débutant figurant parfois dans les premiers livres.

Le meilleur étant le plus évident, nous devons procéder à la lecture du Principe de parcimonie pour savoir ce que ce livre vaut..

Résumé du livre

On a volé la Joconde. À la place du mystérieux sourire apparaît le visage hideux de la barbarie. Plus qu’un crime, c’est un manifeste. Polichinelle écarlate et Paganini du rasoir, le monstre qui répond au nom de Docteur Ockham excelle à découper l’anatomie de ses très médiatiques victimes. Performance iconoclaste ou massacre dément ? Paris frissonne. La terreur tout autant que la fascination règnent.
Alors que la Seine, en pleine crue centennale, engloutit métro, monuments et musées de la capitale, Mallock, tour à tour commissaire et critique de cette exposition apocalyptique, va devoir démasquer Ockham avant qu’il n’accomplisse son ultime promesse, son grand œuvre : repeindre le monde aux couleurs du chaos. Un livre phénomène !

Ndlr. Vous pouvez chercher sur Youtube tous les teasers créés par l’auteur à propre de ce livre.

Extrait

L’extrait suivant est disponible sur le Site Internet de Mallock.

Vingt minutes plus tard, les paquets dûment ouverts, Théo et son commissaire se retrouvaient, perplexes, devant trois statuettes.

– C’est les trois singes de la sagesse. Enfin, je pense.

– Oui, mais pourquoi ? Avec Ockham rien n’est jamais aussi simple que ce que l’on voit.

– Appelons Wik, suggéra Théo.

Cinq minutes s’écoulèrent. Wik, toujours aussi défait, regardait les objets :

– Mizaru, Kikazaru et Iwazaru. L’aveugle, le sourd et le muet, finit-il par dire.

Qui d’autre que lui connaissait par cœur le nom des trois singes ?

– Tu peux nous en dire plus ? demanda Mallock tandis que Théo se penchait sur les statuettes pour en scruter la surface.

Wik eut une moue boudeuse :

– Le sens donné à ces figurines a évolué durant les siècles. En changeant de continent, également. Au départ, il y avait un jeu de mot en japonais entre saru, qui veut dire singe, et zaru qui est une forme verbale négative archaïque. Mais le sens premier est encore plus ancien. En fait, il n’y avait pas encore de singe dans l’histoire. C’était un précepte, prêté à Confucius. Une sorte d’apologue que l’on pourrait traduire par : « Il est sage de ne pas voir, entendre ou répéter ce qui ne doit pas l’être car malfaisant ou désobligeant. » C’était donc d’une forme de sagesse, de quelque chose de positif, dont il était question. Confucius y fustigeait la rumeur. De nos jours, le sens s’est inversé. Il est devenu négatif. Ça symbolise la lâcheté de notre civilisation.

– Notre égoïsme ?

– Notre peur, plutôt ! Et notre couardise. Nous faisons semblant de ne pas voir, de ne pas entendre, et nous nous taisons par lâcheté. Jusqu’au moment ou, comme la grenouille, on sera cuit.

– Quelle grenouille, demanda Théo à son collègue.

– Oh ça, c’est une autre métaphore. Celle de la grenouille que l’on met dans l’eau froide, mais sous un feu. Sans s’en rendre compte, elle finira cuite. Nous faisons un peu pareil en faisant les autruches ou en jouant aux trois petits singes.

– Pour changer, et ce n’est pas plus mal, il nous en-voie des symboles. Et puis, moi qui adore les animaux, je suis servi, tenta Mallock. Singes, grenouille, autruche, c’est ma fête.

Julie, Ken et Jules, qui avaient entendu parler de la nouvelle découverte, arrivèrent à l’étage quelques minutes plus tard. Ken, encore trempé, sentaient le chien mouillé. Théo tenta de les repousser sans trop de conviction :

– Restez dans vos bureaux, je vous enverrai mes con-clusions quand j’aurai terminé. Ce sera rapide.

Il commençait à n’apprécier que très modérément ces perpétuelles allées venues à son étage. Rentrait-il, lui, dans leurs bureaux ? Mais il n’eut pas à poursuivre plus avant la défense de son territoire, Julie lui lança un sourire désarmant tout en s’enquérant :

– Je peux les toucher ?

– Tu peux, confirma Théo. Y a pas la moindre trace. C’est propre comme un sou neuf.

Omettant de lui faire, comme à son habitude, une réflexion sur sa propreté à lui, Julie attrapa l’une des statuettes.

– C’est lourd, ne la fait pas tomber. Sans daigner l’écouter, Julie se mit brutalement à tordre le cou du pauvre Mizaku.

– Mais qu’est-ce qui te prend ?

– Une intuition à la Mallock, répondit-elle tout en forçant et en tirant sa jolie petite langue.

Soudain, le haut de la statuette de l’aveugle se mit à tourner. Elle la reposa et termina l’opération en sécurité sur la table. Plus maline que tous ces machos réunis, elle avait vu juste : le petit singe en pierre était creux. Et, en récompense, elle fut la première à regarder à l’intérieur :

– Oh, merde ! Putain d’enculé !

En s’approchant à son tour, Mallock aperçut deux globes oculaires. Les nerfs optiques avaient été arrachés avant d’être coupés, sans doute au rasoir. Ils ouvrirent précautionneusement les deux autres. Ils contenaient, l’un, une paire d’oreille, et l’autre, une langue. Amédée eut un haut-le-cœur en pensant à l’état du pauvre gars auquel le grand initiateur avait fait subir ce supplice.

– On n’a pas encore reçu d’appels ?

– Non, patron. La victime est peut-être déjà morte dans un coin. Après un tel… traitement…

Pendant la réflexion de Ken, Théo s’était penché pour respirer les trois urnes. Moue écœurée de Julie.

– C’est encore tout frais, précisa Théodore. Ça a été fait cette nuit.

– Il y a peut-être trois victimes distinctes, leur proposa Mallock. En tout cas, bravo Julie, on aurait pu passer à côté sans toi.

– Mais non, vous auriez fini par trouver. Il vous faut juste un peu plus de temps, c’est normal, vous êtes des hommes.

Personne ne releva. La tentative de Julie pour les dé-rider était tombée à plat. Les barbaries grotesques du docteur n’amusaient plus personne. Le téléphone de Mallock sonna au même moment. Il écouta, ne prononça pas le moindre mot, raccrocha.

– On a retrouvé un type errant dans le bois de Boulogne. Sans yeux, sans oreilles et sans langue. C’est l’ambassadeur de France en Iran en visite à Paris. Ils ont juste eu le temps de le ramener à l’hôpital du Val-de-Grâce avant qu’il ne glisse dans un coma profond…


Vous pouvez également consulter gratuitement le Premier chapitre du Principe de parcimonie de Mallock

Avis

Mallock, de son vrai nom Jean-Denis Bruet-Ferreol, photographe reconverti dans l’écriture, est un auteur de romans que je qualifierais de policiers traditionnels modernes.

Le premier bon point est l’avertissement faite en début de livre par l’auteur : bien que ce livre soit le cinquième d’une série, il peut être lu indépendamment des autres sans aucun risque de divulgation des précédents, seuls quelques rappels et renvois figurent deci-delà.

En effet, Le principe de Parcimonie fait appel à un commissaire, Amédée Mallock, digne de l’imagination des reines du Crime, un mélange d’Hercule Poirot d’Agatha Christie et d’Adam Dagliesh de P.D. James. Un enquêteur calme, un brin original, qui fait travailler ses petites cellules grises, pour qui l’action est laissée aux plus jeunes. Cependant contrairement au plus célèbre des belges, point d’égocentrisme ou de vantardise. La modernité vient de l’entourage de l’inspecteur, une équipe multi-culturelle, aux passés dans la police diverses et aux compétences variées (l’informaticien, …). Leurs histoires, leurs passions, leurs psychologies sont abordées par petites touches tout au long du roman.

La modernité se trouve également dans la structure du livre : véritable turn-page, qui alterne entre enquête et méfaits dont les mises en scène sont des plus originales, parfois drôles, tantôt morbides. Il est très difficile de lâcher ce livre. C’est bien simple, en moi de 48 heures, je me suis enfilé les presque 600 pages.

Et puis positionner son histoire dans un Paris en pleine crue centennale est tout simplement génial. Sans sombrer (sans mauvais jeu de mot) dans une vision apocalyptique de fin du monde, l’auteur a judicieusement intégré cet événement en élément de fond. L’enquête progresse ou stagne, l’eau monte ou gèle, les forces gouvernementales et municipales sont sont de plus en plus monopolisées.

Enfin notons la très belle couverture qui est également le fruit du travail de Mallock.

Je vais sans doute envisager de créer le prix de la « Plus belle couverture de Policier / Thriller« . Qu’en pensez-vous ?

Notation

Histoire
Ecriture
Durée de lecture
Prix

Caractéristiques :

  • Livre
    • Broché: 544 pages
    • Editeur : Fleuve éditions (11 février 2016)
    • Langue : Français
    • ISBN-10: 2265114456
    • ISBN-13: 978-2265114456
    • Prix : 14.99€
  • eBook
    • Editeur : 12/21 (11 février 2016)
    • Langue : Français
    • EAN: 9782823824049
    • Prix : 10,99€

Revues de presse

Metro Belge par Maïté Hamouchi

Site Internet de l’auteur

http://www.mallock.fr/

 
1 commentaire

Publié par le 2016/05/06 dans Policier

 

Étiquettes : , , ,

Une réponse à “Mallock : Le principe de parcimonie

  1. lepoussinlitteraire

    2016/05/08 at 13:00

    J’ai eu l’occasion de le rencontrer le mois dernier et j’ai vraiment hâte de me plonger dans ce livre.

     

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