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Arni Thorarinsson – Le temps de la sorcière

26 Oct

Arni Thorarinsson - Le temps de la sorcièreJe ne connais cet auteur qu’à partir de critiques et articles sur les polars venus du nord. Un nom se détachait parmi les grands noms: Arni Thorarinsson.En plus de ses qualités de romancier policier, il aurait le grand avantage de présenter la société islandaise.

Ces derniers années, le roman policier nordique a su s’imposer au travers de ses principales icônes comme Arnaldur Indridason, Camilla Läckberg ou Jussi Adler Olsen.

Mais suite à ce succès, les éditeurs ne cherchent-ils à nous refourguer n’importe quel écrivain policier comme maître de ce genre ?

Histoire

Muté dans le nord de l’Islande, Einar, le sarcastique reporter du Journal du soir, se meurt d’ennui. D’autant qu’il ne boit plus une goutte d’alcool! Tout ceci deviendrait vite monotone… si ce n’étaient ces étranges faits divers qui semblent se multiplier: un étudiant disparaît, des adolescents se suicident… Einar voit d’un autre œil cette microsociété gangrenée par la corruption et la drogue.

Extrait

– Une excursion-surprise ?
Le bavardage d’Asbjörn se noie dans le brouhaha environnant et je suis forcé de lui demander de répéter au téléphone. Cette saleté de cellulaire flambant neuf qu’il m’a imposé. Je déteste ce machin qui permet aux autres de me joindre n’importe où et n’importe quand. Ce gadget qui me permet de joindre les autres n’importe où et n’importe quand. Qu’est-ce qu’on y gagne ? La connexion permanente. Le contact ininterrompu avec le monde qui nous entoure. Qu’est-ce qu’on y perd ? La tranquillité. Et la faculté de se déconnecter du monde qui nous entoure.
– Hein ? hurle Asbjörn en guise de réponse.
– Tu disais quoi ?
– Je disais qu’il y avait eu un accident dans une excur… Il n’achève pas sa phrase.
– Un accident ? Silence.
– Un accident, où ça ?
Aucune réponse. La communication a été coupée. Je repose le téléphone sur mes genoux et gare la voiture sur l’accotement. Un jour, j’ai lu que les téléphones cellulaires facilitaient la tâche des criminels parce qu’ils étaient joignables à tout moment. En même temps, ils ont compliqué celle des auteurs de romans policiers parce que le héros comme la victime étaient eux aussi toujours accessibles : le suspense et le danger de mort impliqués par l’impossibilité de joindre ou d’être joint appartenaient désormais presque au passé. Mais la possibilité d’être contacté de façon permanente ne recèlerait-elle pas plus de suspense et de danger mortel que l’impossibilité de l’être ?
– Quel est le problème ? demande Joa. Elle me lance un regard en coin depuis le siège du passager où elle est assise, imposante, dans son épais anorak imperméable.
J’allume une cigarette.
– C’était Asbjörn qui me parlait d un accident pas loin d’ici. Ensuite, on a été coupés.
Joa inspecte les alentours.
– Einar, nous sommes complètement cernés par de hautes montagnes.
Je baisse la vitre et je souffle la fumée dans l’air humide, à l’extérieur. Aussitôt, il se met à pleuvoir. Quelqu’un serait-il en train de protester ? Y a-t-il quelqu’un là-haut qui voudrait par hasard éteindre ma cigarette ?
– Fichue technique, je marmonne.
– Elle n’est pas encore arrivée jusqu’ici, observe Joa. Ici, dans le Nord, les montagnes empêchent de capter le réseau.
Elle se méprend sur mes paroles. Je voulais parler des cohortes de pompiers célestes. La police antitabac du Tout-Puissant.
– Alors là, ça m’étonnerait, je dis en regardant les environs. À mon avis, la vallée de Hjaltadalur n’est pas assez encaissée pour que les montagnes fassent écran au réseau. Quant à ces sommets, ils ne sont pas si hauts que ça. J’essaie de prendre un ton théâtral et alambiqué : leur forme rappelle celle de mamelons récemment remplis de silicone qui auraient été posés sur le corps du pays.
– Ça se pourrait ! s’esclaffe Joa, d’un rire un peu emprunté. Puis, elle jette un coup d’oeil autour d’elle et ajoute : tu as tout à fait raison, même si tu ne donnes pas dans l’originalité poétique. D’ailleurs, elle est plutôt jolie, cette paire de seins.
Il se trouve que Dame Nature a voulu que Joa et moi partagions le même goût pour la beauté féminine.
– Peut-être que le pays refuse ces irritations électriques perma­nentes, j’observe en soupirant. Et je le comprends sacrement !
J’attrape cette saleté de cellulaire et j’appelle Asbjörn. Il est de mauvais poil.
– Pourquoi tu m’as raccroché au nez ?
– Je t’ai pas raccroché au nez. Tu as dû appuyer sur la mauvaise touche.
– J’ai appuyé sur aucun bouton.

Avis

Arni Thorarinsson est un très bon romancier, mais certainement pas un bon romancier policier et encore moins de thriller.

Ces qualités romancières sont mises à profit pour témoigner de la dérive de la société islandaise : chômage, individualisme dans les grandes cités, recours aux stupéfiants de plus en plus courant, et une généralisation des excès éthyliques. De ce côté-là, Arni Thorarinsson sait positionner son roman dans un contexte politique, social et humain.

Par contre, j’avoue que je n’ai pas trouvé de fibres policières dans la trame de l’histoire. Après avoir lu plus du tiers du livre, il y avait bien deux morts, mais aucune enquête réellement menée. Quand bien même le héros est journaliste, la mise en place de la trame policière devrait être beaucoup beaucoup plus rapide.

C’est bien dommage car l’écriture est plutôt agréable, même si on n’atteint pas la fluidité d’un page turn.

Donc vous l’aurez compris pour moi, j’arrête la lecture de ce livre à la 130ème page, j’ai des envies de thrillers ou de policiers rondement menés, qui vous tiennent en halène. … par contre, je ne dis pas que je ne recviendrai pas sur ce livre et le terminer pour connaître un peu mieux cette société du bout de l’Europe.

Notation

Histoire
Écriture
Durée de lecture
Prix

Caractéristiques

  • Poche: 425 pages
  • Editeur : Points (2 octobre 2008)
  • Collection : Points Policier
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2757810774
  • ISBN-13: 978-2757810774
  • Prix: 7.90€

Site Internet de l’auteur

L’auteur ne dispose pas de site officiel
Revue de presse

Un petit objet devenu banal est en train de révolutionner les codes du roman policier : le téléphone portable. On connaît déjà la place que ces appareils ont prise dans les activités délictueuses. Indispensables aux malfaiteurs, ils sont devenus des auxiliaires précieux pour les enquêteurs, qui peuvent grâce à eux localiser certains appels et confondre les couples. Il était donc légitime de se pencher comme le fait Arni Thorarinsson, un auteur islandais né en 1950 dont c’est le premier roman traduit en français, sur les nouvelles règles qu’ils imposent à la fiction…
En explorant systématiquement ces défaillances, Arni Thorarinsson dresse un portrait sévère, d’une cruauté presque surprenante, d’une société dont les individus semblent avoir perdu tout repère et avoir de plus en plus de mal à communiquer entre eux. Avec ou sans téléphone portable. (Gérard Meudal – Le Monde du 31 aout 2007 )

 
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Publié par le 2013/10/26 dans Policier

 

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